{"id":2238,"date":"2019-11-02T15:03:56","date_gmt":"2019-11-02T20:03:56","guid":{"rendered":"https:\/\/gilleslouisroy.com\/?p=2238"},"modified":"2024-12-28T17:20:55","modified_gmt":"2024-12-28T22:20:55","slug":"montreal-construction-discursive-de-la-ville-frontiere-par-trois-intendants-de-nouvelle-france-1720-1730","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gilleslouisroy.com\/fr\/montreal-construction-discursive-de-la-ville-frontiere-par-trois-intendants-de-nouvelle-france-1720-1730\/","title":{"rendered":"Le \u00ab commerce \u00e9tranger \u00bb \u00e0 Montr\u00e9al : construction discursive de la ville-fronti\u00e8re par trois intendants de la Nouvelle-France, 1720-1730"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><a href=\"https:\/\/congresihaf2019.cieq.ca\/programme\/18-octobre-2019\/\">Le 18 octobre, 2019<\/a>, j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 un aper\u00e7u de mes recherches sur le commerce des fourrures en Nouvelle-France \u00e0 l\u2019occasion de <a href=\"https:\/\/congresihaf2019.cieq.ca\/\">la 72e \u00e9dition du congr\u00e8s de l\u2019IHAF, portant sur le th\u00e8me des fronti\u00e8res<\/a>. Je reproduis, ici-bas, le texte de cette allocution dans son int\u00e9gralit\u00e9, avec un appareil critique en ajout.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise (<a href=\"https:\/\/papyrus.bib.umontreal.ca\/xmlui\/handle\/1866\/22033\">disponible sur le site Papyrus de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al<\/a>), j\u2019ai analys\u00e9 le discours administratif portant sur la contrebande en Nouvelle-France au XVIIIe si\u00e8cle<a href=\"#_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Dans le bref topo qui va suivre, je propose de reprendre un aspect de cette \u00e9tude, pour me concentrer sur la place accord\u00e9e aux montr\u00e9alais dans la correspondance officielle, pendant une p\u00e9riode de transition entre trois intendances, celles de Michel B\u00e9gon de la Picardi\u00e8re<a href=\"#_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, Claude-Thomas Dupuy<a href=\"#_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, et Gilles Hocquart<a href=\"#_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. <a>Mon<\/a> objectif : \u00e0 partir de trois points de comparaison &#8211; trois intendants &#8211; fournir un aper\u00e7u de la construction discursive de la \u00ab ville-fronti\u00e8re \u00bb dans la correspondance. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon \u00e9tude sur\nla contrebande coloniale prend comme point de d\u00e9part le concept de \u00ab commerce\n\u00e9tranger \u00bb, selon ses usages dans la r\u00e9glementation royale. Le syst\u00e8me\ncommercial fran\u00e7ais du d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle repose sur une infrastructure de\ntransport, de cr\u00e9dit et de communication qui assurait la liaison entre\nplusieurs r\u00e9gions du globe terrestre. Du point de vue de l\u2019\u00c9tat, la dynamique\nd\u2019expansion qui sous-tend ce syst\u00e8me obligera Pontchartrain sous Louis XIV,\npuis le Conseil de la Marine sous la r\u00e9gence, \u00e0 revoir l\u2019administration des\ncolonies, en vue d\u2019une syst\u00e9matisation accrue de l\u2019organisation, de la\ncommunication et de la prise de d\u00e9cision<a href=\"#_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019ombre de\ncette r\u00e9forme \u00e9clair\u00e9e, l\u2019\u00e9conomie parall\u00e8le bat son plein. Qu\u2019on se scandalise\nface \u00e0 l\u2019ampleur du commerce de contrebande &#8211; en France, en Am\u00e9rique, ou dans\nles Antilles &#8211; les commis d\u2019\u00c9tat peinent \u00e0 revoir leur mod\u00e8le de captation de\nvaleur<a href=\"#_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. En\nNouvelle-France, le commerce illicite trouve son \u00e9picentre dans la ville qui\nfut, pour ainsi dire, \u00ab tourn\u00e9e \u00bb vers le pays am\u00e9rindien, fournisseur des\nfourrures : Montr\u00e9al. Est-ce une nouveaut\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"839\" src=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Carte_de_lisle_de_Montre\u0301al_...Bellin_Jacques-Nicolas_btv1b84910493_1-1024x839.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2247\" srcset=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Carte_de_lisle_de_Montre\u0301al_...Bellin_Jacques-Nicolas_btv1b84910493_1-1024x839.jpeg 1024w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Carte_de_lisle_de_Montre\u0301al_...Bellin_Jacques-Nicolas_btv1b84910493_1-300x246.jpeg 300w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Carte_de_lisle_de_Montre\u0301al_...Bellin_Jacques-Nicolas_btv1b84910493_1-768x629.jpeg 768w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Carte_de_lisle_de_Montre\u0301al_...Bellin_Jacques-Nicolas_btv1b84910493_1.jpeg 1287w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand Louis XIV prend la Nouvelle-France en tutelle en 1663, Montr\u00e9al semble d\u00e9j\u00e0 annoncer son destin comme centre de commerce et de rencontres en Am\u00e9rique septentrionale. Sa position strat\u00e9gique au confluent d\u2019un vaste r\u00e9seau hydrographique qui relie le syst\u00e8me des Grands Lacs au fleuve Saint-Laurent &#8211; sans oublier \u00ab l\u2019autoroute fluviale \u00bb nord-sud du Richelieu-Lac-Champlain-Hudson &#8211; fait d\u00e9boucher les \u00ab circulations pelleti\u00e8res \u00bb<a href=\"#_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> sur une voie de sortie du continent, en route vers la m\u00e9tropole<a href=\"#_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. \u00c0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, la couronne soutiendra aussi activement l\u2019infrastructure militaire des Pays d\u2019en haut ; Montr\u00e9al sera donc associ\u00e9, dans l\u2019esprit des administrateurs, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019un espace imp\u00e9rial en construction<a href=\"#_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Cette ville aux dimensions floues appellera t\u00f4t \u00e0 un emmurement ; d\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle, son mode de d\u00e9veloppement urbain et rural sera polycentrique (les faubourgs et les c\u00f4tes), avec le bourg comme lieu de convergence. La disparition de la foire des fourrures et la professionnalisation de la traite assurera \u00e0 Montr\u00e9al son statut de plaque tournante du commerce et de soutien logistique des Pays d\u2019en haut<a href=\"#_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous cette optique, les administrateurs seront pr\u00e9occup\u00e9s par les <em>effets<\/em> des circulations, particuli\u00e8rement les effets qu\u2019ils jugent n\u00e9gatifs<a href=\"#_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Mon hypoth\u00e8se : les pratiques discursives qui s\u2019\u00e9laborent dans la correspondance officielle fourniront les concepts n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019administration de personnes et de territoires lointains, au prix d\u2019un perp\u00e9tuel glissement du r\u00e9el<a href=\"#_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Il s\u2019ensuit que l\u2019image de la ville-fronti\u00e8re qu\u2019\u00e9laborent les autorit\u00e9s coloniales, bien qu\u2019elle s\u2019ancre dans le concret, se nourrit principalement de dossiers administratifs et judiciaires, et achoppe sur la densit\u00e9 du r\u00e9el. En cherchant \u00e0 transformer l\u2019art de gouverner \u00e0 distance en science administrative, les repr\u00e9sentants du roi auront donn\u00e9 une certaine image de la ville-fronti\u00e8re, qui aura de longues suites dans notre historiographie.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Michel B\u00e9gon de la Picardi\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"375\" height=\"475\" src=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Begon_cropped.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2245\" srcset=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Begon_cropped.jpg 375w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Begon_cropped-237x300.jpg 237w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Abordons\nmaintenant cette \u00ab construction discursive \u00bb de la ville-fronti\u00e8re chez nos\ntrois intendants. Au tournant des ann\u00e9es 1720, la Nouvelle-France r\u00e9ussit sa\nrelance \u00e9conomique de fin de guerre au m\u00eame moment o\u00f9 le syst\u00e8me de cr\u00e9dit\nfran\u00e7ais se contracte, apr\u00e8s les crises de sp\u00e9culation provoqu\u00e9es par les\nr\u00e9formes du financier John Law<a href=\"#_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. L\u2019horizon du\ncommerce libre entrevu par les marchands du Canada, qui avaient re\u00e7u le soutien\nde l\u2019intendant Michel B\u00e9gon pendant la r\u00e9gence, est \u00e9clips\u00e9 avec le retour de\nla Compagnie des Indes \u00e0 la barre du commerce d\u2019exportation. L\u2019ancien droit de\nsortie de l\u2019\u00c9tat qui avait longtemps servi de pr\u00e9texte au commerce illicite, \u00ab\nle droit du quart \u00bb, sera repris par la Compagnie<a href=\"#_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Il reviendra\n\u00e0 ses agents &#8211; avec militaires \u00e0 solde &#8211; de faire pr\u00e9valoir le privil\u00e8ge de la\nCompagnie contre tout contrevenant, avec l\u2019appui des administrateurs coloniaux\npour la forme<a href=\"#_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, \u00e0 partir\ndes ann\u00e9es 1720, l\u2019intendant B\u00e9gon s\u2019en tient \u00e0 une application ponctuelle de\nla r\u00e8glementation royale avec l\u2019occasionnel proc\u00e8s (l\u2019affaire Rh\u00e9aume,\nl\u2019affaire Grouard). Les sources montrent un B\u00e9gon qui met de l\u2019avant son combat\ncontre la \u00ab fraude \u00bb, et qui fait suivre au ministre ses ordonnances r\u00e9dig\u00e9es\nsuite aux saisies effectu\u00e9es par les agents de la Compagnie, jointes aux \u00ab\naffaires \u00bb instruites par son subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9 montr\u00e9alais, le juge Pierre Raimbault.\nUne lettre datant du 6 novembre, 1720 r\u00e9sume bien le type de pr\u00e9sentation que\nfait l\u2019intendant au ministre des mesures prises pour s\u2019attaquer au \u00ab commerce\n\u00e9tranger \u00bb :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Le S. Begon a donn\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e derniere et celle cy de\nfrequents ordres aux officiers de la jurisdiction de Montreal de faire des\nvisite reiter\u00e9es dans les maisons et magasins et m\u00eame ch\u00e9s tous les\nparticuliers qui ne font point le commerce et d&rsquo;y saisir toutes les\nmarchandises etrangeres qui s&rsquo;y trouvent comme ces poursuittes ne peuvent se\nfaire qu&rsquo;a la diligence du procureur du Roy qui pourroit avoir des menagements\npour la plupart des contrevenants, il a ordonn\u00e9 aussy l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re et celle\ncy au S. de Lotbiniere cy devant Agent de la Compagnie des Indes pour le\ncastor, d&rsquo;y faire de frequentes visites et de saisir tout ce qui se trouveroit\nen contrevention ; <\/em>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il a rendu des ordonnances portant confiscation de\ntout ce qui a et\u00e9 saisy a Chambly et sur le Lac Champlain, suivant les proces\nverbaux qui luy ont et\u00e9 raport\u00e9s ce qu&rsquo;il contin\u00fcera de faire. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il en a aussy parl\u00e9 tres fortement au S. Cugnet qui\nest a pr\u00e9sent Directeur de la ferme du Domaine en ce pa\u00efs cy, et luy a dit\nqu&rsquo;il etoit absolument necessaire qu&rsquo;il allast a Montreal ou qu&rsquo;il y eut un\ncommis pour y faire des visites dans des tems impr\u00e9ve\u00fces afin de surprendre\nceux qui pourroient avoir des marchandises etrangeres, luy paroissant que c&rsquo;est\nle seul moyen de faire cesser ce commerce. \u00bb<\/em><a href=\"#_edn16\"><em><sup><strong><sup>[16]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son\ndiscours sur la contrebande, B\u00e9gon tend \u00e0 se positionner entre l\u2019arbre des\nint\u00e9r\u00eats des marchands montr\u00e9alais et l\u2019\u00e9corce des pr\u00e9rogatives de la compagnie\nexportatrice. Par exemple, au sujet des Iroquois Domicili\u00e9s :<em> \u00ab Ils [Vaudreuil et B\u00e9gon] employeront tous\nles moyens qui dependront d&rsquo;eux pour empescher les marchands et autres\nd&rsquo;introduire par l&rsquo;entremise des sauvages des marchandises etrangeres dans le\ncolonie, le S. de Vaudre\u00fcil contin\u00fcera a cet effet de faire entendre aux\nsauvages qu&rsquo;il ne fait visiter leurs canots en allant a Orange et en revenant\nque pour empescher les fran\u00e7ois de faire la fraude, et qu&rsquo;a leur egard s&rsquo;ils\nfont le commerce pour leurs besoins seullement, ils doivent consentir d&rsquo;en\napporter que les quantit\u00e9s et qualit\u00e9s de marchandises qui sont a leur usage,\net ils renouvelleront l&rsquo;un et l&rsquo;autre leur attention pour decouvrir et faire\nchatier ceux qui vendront des marchandises etrangeres \u00e0 Montr\u00e9al et ailleurs. <\/em>\u00bb<a href=\"#_edn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9\nfran\u00e7ais et britanniques montent en grief leurs empi\u00e9tement respectifs en\nIroquoisie, B\u00e9gon fournira des pr\u00e9cisions sur la libert\u00e9 des autochtones au\nnouveau Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de la Marine, le comte de Maurepas, pour souligner\nl\u2019opportunisme des britanniques :&nbsp; <em>\u00ab L\u2019article 15 de ce traitt\u00e9 <\/em>[le trait\u00e9\nd\u2019Utrecht de 1713\u2026]<em> laisse la libert\u00e9 aux\nnations de se frequenter les unes les autres pour le bien du commerce, ce qui\nne doit s\u2019en[tendre?] que des sauvages qui ont la libert\u00e9 d\u2019aller a la chasse\net [\u00e0 la] traitte ou bon leur semble, <\/em>[cet article]<em> ne permet pas aux anglois de faire le commerce dans les colonies\nfran\u00e7oises, n\u2019y aux fran\u00e7ois d\u2019aller en traitte dans les colonies\nangloises.&nbsp; [\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le commerce que les sauvages des pa\u00efs d\u2019en haut font \u00e0\nOrange depuis plusieurs ann\u00e9es, les attache de maniere avec les anglois qu\u2019il\nseroint a craindre qu\u2019ils ne les favorisassent autant qu\u2019ils le pourroient et\nque ce ne fut eux m\u00e8mes qui les y attirassent a cause du bon march\u00e9 que les\nanglois leur font. [\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il n\u2019y a pas lieu a craindre d\u2019indisposer contre nous\nles iroquois, ils ont dit au S. de Longueuil par un collier sousterre [\u2026]\nqu\u2019estant oblig\u00e9s de se menager avec les anglois, ils demeureroient neutres et\nn\u2019entreroient point dans les demesl\u00e9s que nous aurions avec les anglois sur ce\nsujet. \u00bb<\/em><a href=\"#_edn18\"><em><sup><strong><sup>[18]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>Pour<\/a> l\u2019essentiel, le discours de B\u00e9gon\nmet en sc\u00e8ne trois cat\u00e9gories de participants au commerce illicite&nbsp; &#8211; les marchands, les am\u00e9rindiens, et les \u00ab\nanglois \u00bb. Chaque partie prenante de ce commerce agit en fonction d\u2019int\u00e9r\u00eats\nparticuliers : pour les marchands canadiens, l\u2019app\u00e2t du gain, pour les\nDomicili\u00e9s du Sault St. Louis (<em>Kahnawake<\/em>),\nla libert\u00e9 du commerce, et pour les britanniques, l\u2019affaiblissement des positions\nfran\u00e7aises. \u00c0 l\u2019\u00e9gard du trafic transfrontalier, l\u2019intendant B\u00e9gon veille \u00e0 \u00ab\ntenir la main \u00bb \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la r\u00e8glementation royale en fonction des\nrequ\u00eates de la Compagnie des Indes. Et puisque les gestes comptent autant que\nles d\u00e9marches pour le service du roi, un B\u00e9gon en attente de rempla\u00e7ant donnera\nles coud\u00e9es libres \u00e0 son subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9 montr\u00e9alais en mati\u00e8re de r\u00e9pression, afin\nque celui-ci seconde les agents de la Compagnie actifs dans les environs de\nMontr\u00e9al. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Claude-Thomas Dupuy<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"500\" src=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Dupuy.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2255\" srcset=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Dupuy.jpg 500w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Dupuy-300x300.jpg 300w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Dupuy-150x150.jpg 150w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Dupuy-350x350.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intendance de\nClaude-Thomas Dupuy fut br\u00e8ve, et entach\u00e9e de conflits et de scandale &#8211; ce qui\nlui aura valu son rappel en France apr\u00e8s seulement 18 mois d\u2019intendance<a href=\"#_edn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. L\u2019\u00e9tude de la\ncorrespondance de cet intendant permet toutefois de cerner certains points\nd\u2019aveuglement des \u00e9lites m\u00e9tropolitaines \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9alit\u00e9s coloniales.\nDupuy aura peu cherch\u00e9 le rapprochement avec les \u00e9lites canadiennes, ni les\nhabitants. Dans sa correspondance avec le ministre, l\u2019intendant se met en sc\u00e8ne\ncomme un inconditionnel du service du roi, et cherchera \u00e0 souligner\nl\u2019inefficacit\u00e9 du gouverneur Beauharnois, rapidement devenu son rival<a href=\"#_edn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Dupuy\namplifie les menaces ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures pour la colonie dans ses\nlettres, son attitude intransigeante donnera aussi un coup d\u2019impulsion \u00e0 la\nr\u00e9pression de la contrebande. Apr\u00e8s sa premi\u00e8re visite \u00e0 Montr\u00e9al en 1727<a href=\"#_edn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>, Dupuy aurait\nvraisemblablement donn\u00e9 l\u2019ordre au juge Pierre Raimbault de faire enqu\u00eate sur\nle milieu de la contrebande, afin que ce dernier lui fournisse une liste de\nnoms de potentiels suspects. Une proche du juge Raimbault, Catherine Dagneau<a href=\"#_edn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>, veuve du\nmilitaire et interpr\u00e8te La Chauvignerie et indirectement impliqu\u00e9e dans le\ncommerce de contrebande des s\u0153urs Desauniers, r\u00e9digera un journal livrant les\nd\u00e9tails d\u2019activit\u00e9s illicites dans les environs de Montr\u00e9al<a href=\"#_edn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1727, Dupuy\n\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 alert\u00e9 sur l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne de la contrebande \u00e0 Montr\u00e9al. \u00c0\nson ministre responsable, Dupuy annonce que Montr\u00e9al et contrebande ne font\nqu\u2019un : \u00ab <em>J\u2019auray seulement l&rsquo;honneur de\nvous dire en passant que tout Montr\u00e9al est infest\u00e9 de contrebande dans tous les\nordres et les estats, en exceptant aucun. Il n&rsquo;y aura que la r\u00e9solution et la\nfermet\u00e9 dont je me suis arm\u00e9 et que j&rsquo;ay soutenu et que j&rsquo;auray encore \u00e0\nsoutenir contre tout le monde qui d\u00e9rangera les mauvais projets que plus d&rsquo;un\nint\u00e9r\u00eat favorise<\/em>. \u00bb<a href=\"#_edn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>&nbsp; Pour travailler l\u2019inqui\u00e9tude du ministre,\nDupuy entend que cette corruption met en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de la colonie : \u00ab <em>[c]e sont les habitans de Montreal qui par\nleur mauvais commerce ont attir\u00e9 les Anglois a leur porte \u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces montr\u00e9alais\nseraient aussi r\u00e9tifs aux projets de fortifications de leur ville. B\u00e9gon s\u2019en\n\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plaint plusieurs fois, et Dupuy supplie son ministre d\u2019agir de sorte\npour que les bourses montr\u00e9alaises se d\u00e9serrent<a href=\"#_edn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. Dupuy devient\nd\u00e8s lors lanceur d\u2019alerte : \u00ab <em>Cette ville\nest ouverte de toutes parts; [les] pieux qui faisoit son enceinte sont\nabsolument pourris et \u00e0 demi renvers\u00e9s ; elle est ouverte \u00e0 la fraude et \u00e0 la\ncontrebande [et tant] qu&rsquo;elle ne ne sera pas ferm\u00e9e on n&rsquo;auroit point le\nprogr\u00e8s du commerce \u00e9tranger. On n&#8217;employe contre la fraude que des soldats de\nla garnison. Mais par qui fera t&rsquo;on observer [leur] garde, quis custodiet ipsos\ncustodes ? [La garnison] est la premi\u00e8re \u00e0 favoriser la fraude et ne voulant\n\u00eatre command\u00e9s que par leurs officiers, il est peu de leurs commandans qui ne\ns&rsquo;en mesle et qui n&rsquo;ait encore l&rsquo;assurance de demander des gratifications pour\nleur peine<\/em> \u00bb<a href=\"#_edn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dupuy cherchera\naussi \u00e0 tuer dans l\u2019\u0153uf les mauvaises fr\u00e9quentations : \u00ab <em>Une consideration plus importante Monseigneur est celle du grand nombre\nd&rsquo;anglois, ouvriers, marchands et autres qui se sont etablis a Montreal. Le\nnombre en est infini j&rsquo;en avois pris la liste a Montreal que je ne puis\nretrouver pour vous l&rsquo;envoyer. On ne peut ass\u00e9s vous parler des ve\u00fces que les\nanglois ont sur cette ville <\/em>\u00bb.<a href=\"#_edn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compte tenu l\u2019urgence de la situation, une solution temporaire s\u2019offre \u00e0 l\u2019esprit de notre intendant : \u00ab<em> Tout Montr\u00e9al est infect\u00e9, chacun y a ses magasins ; les environs le sont aussi ; tous les \u00e9tats en veulent avoir leur part, et l&rsquo;on passe les marchandises jusque sous la robe [et la jaquette]. Si quelque chose \u00e0 contribu\u00e9 \u00e0 attir\u00e9 l&rsquo;anglois, c&rsquo;est cette honteuse connivence des officiers qui en font l&rsquo;objet de leur fortune. Un ordre pour faire rouler chaque compagnie et ne les laisser jamais long tems \u00e0 Montr\u00e9al d\u00e9rangera bien ces ve\u00fces des commerce et de fraude tant de la part du soldat que de l&rsquo;officier, car en v\u00e9rit\u00e9 ils m\u00e9ritent bien qu&rsquo;en cela on les <\/em>confirment \u00bb<a href=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-admin\/post.php?post=2238&amp;action=edit&amp;lang=fr#_edn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>.&nbsp;  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En toile de\nfond, les visites r\u00e9it\u00e9r\u00e9es du gouverneur Burnet \u00e0 Albany inqui\u00e8tent grandement\nnotre intendant. Dupuy flaire un pi\u00e8ge qu\u2019on voudrait tendre aux fran\u00e7ais, par\nl\u2019entremise d\u2019une escalade des tensions chez les peuples am\u00e9rindiens\navoisinants : \u00ab <em>Il seroit \u00e0 souhaiter que\nnous n&rsquo;engagions icy aucune guerre pour le pr\u00e9sent surtout contre les sauvages\ntels qu&rsquo;ils fussent ; les anglois n&rsquo;attendent et ne souhaitent que cette sortie\nde n\u00f4tre part pour nous bro\u00fciller avec les sauvages, du c\u0153ur desquels nous ne\nsommes nullement assur\u00e9s pas m\u00eame des Domicili\u00e9s et pensionnaires du Roy qui\nviennent de faire la paix avec les anglois dans les int\u00e9r\u00eats desquels ils sont\nabsoluments et qu&rsquo;ils serviront dans leurs ve\u00fces<\/em><a href=\"#_edn29\"><em><sup><strong><sup>[29]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a> \u00bb. \u00c0 ses\ndires, Dupuy aurait incit\u00e9 son homologue Beauharnois \u00e0 faire cesser les\nliaisons que les Domicili\u00e9s entretiennent avec les Anglo-Am\u00e9ricains<a href=\"#_edn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>, <a>sans<\/a> v\u00e9ritable succ\u00e8s. Ce qui n\u2019a\nrien d\u2019\u00e9tonnant non plus, puisque les lettres de Dupuy portant sur la\ncorruption \u00e0 Montr\u00e9al ont aussi Beauharnois comme cible, et ce dernier ne s\u2019est\npas laiss\u00e9 faire\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Gilles Hocquart<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/893px-Gilles_Hocquart_1694-1783-847x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2253\" width=\"424\" height=\"512\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claude-Thomas\nDupuy fut rappel\u00e9 avant m\u00eame d\u2019avoir compl\u00e9t\u00e9 deux ans d\u2019intendance. Un\nMaurepas frileux n\u2019accordera pas de commission d\u2019intendance \u00e0 son successeur,\n\u00e9chaud\u00e9 par le comportement factieux de Dupuy. Le 8 mars 1729, son rempla\u00e7ant,\nGilles Hocquart, devient commissaire ordonnateur du Canada, pour une p\u00e9riode\nd\u2019essai de deux ans<a href=\"#_edn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la foul\u00e9e\nde sa premi\u00e8re visite \u00e0 Montr\u00e9al, Gilles Hocquart promettra au Ministre et aux\ndirecteurs de la Compagnie des Indes une vigilance sans failles \u00e0 l\u2019\u00e9gard du \u00ab\ncommerce \u00e9tranger \u00bb<a href=\"#_edn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. Ce v\u0153u\nd\u2019intransigeance sera rapidement d\u00e9menti. D\u00e8s sa premi\u00e8re ann\u00e9e en exercice,\nHocquart h\u00e9ritera du r\u00e9sultat de l\u2019enqu\u00eate mise en \u0153uvre par Dupuy, sous la\nforme d\u2019un journal d\u2019une d\u00e9nonciatrice<a href=\"#_edn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. Dans son\njournal, Catherine Dagneau r\u00e9v\u00e9lait les rouages d\u2019un r\u00e9seau de contrebande qui\nconvergeait autour de \u00ab Jean Lidius \u00bb, nom francis\u00e9 de John Hendricks Lydius.\nFils du pasteur de l\u2019\u00e9glise r\u00e9form\u00e9e \u00e0 Albany, Lydius s\u2019\u00e9tait install\u00e9 en 1725\nau Canada o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 son mariage \u00e0 la fille du marchand Michel Mass\u00e9, il\nagissait comme entremetteur entre des traiteurs des Pays d\u2019en haut et les\nfamilles patriciennes d\u2019Albany. B\u00e9n\u00e9ficiant de peu d\u2019appuis en Nouvelle-France,\nLydius devint une cible \u00e0 \u00e9liminer pour certains marchands \u00e0 Montr\u00e9al,\nnotamment les Desauniers, qui avaient fait du commerce nord-sud leur chasse\ngard\u00e9e<a href=\"#_edn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Catherine\nDagneau avait vu juste : la justice du roi pr\u00e9f\u00e9rait le coup d\u2019\u00e9clat aux\nlongues tractation judiciaires visant la corruption. Le journal qu\u2019elle avait\nproduit permettrait \u00e0 Hocquart, en d\u00e9but d\u2019exercice, d\u2019aller frapper les\nesprits avec un proc\u00e8s. Pour Dagneau et les Desauniers, l\u2019\u00e9vincement de ce\nrival nuisible valait bien le risque d\u2019\u00e9claboussement de la petite soci\u00e9t\u00e9 de\nmarchands montr\u00e9alais. Mais l\u2019instruction judiciaire du pr\u00e9venu fit vite\ncomprendre \u00e0 Hocquart qu\u2019il avait affaire \u00e0 des <em>r\u00e9seaux<\/em> constitu\u00e9s, et non pas \u00e0 une simple affaire de m\u0153urs.\nComment \u00e9noncer au ministre les enjeux que ce cas suscitait, au nom de \u00ab\nl\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la colonie \u00bb ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Le Sr. Lidius est depuis deux ans dans la Colonie et\na acquis une parfaite connoissance de L\u2019etat du Pays. Il est fort accr\u00e9dit\u00e9\nchez les sauvages dont il entend la langue et dont il a la confiance. [\u2026] Il\nseroit a craindre que le desespoir de le voir chass\u00e9 d\u2019un pays ou on l\u2019a rece\u00fb\n[\u2026] ne luy fisse prendre le party de se retirer avec sa femme en nouvelle\nangleterre ou ses men\u00e9es pourroient estre d\u2019une grande cons\u00e9quence pour cette\ncolonie. [\u2026] Le Sr. Lidius a la r\u00e9putation d\u2019un honneste homme et nous sommes\npersuad\u00e9s que cette grace de sa majest\u00e9 l\u2019engageroit \u00e0 la servir utilement\naupres des nations sauvages. \u00bb<\/em><a href=\"#_edn35\"><em><sup><strong><sup>[35]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Inquiet des\nrisques li\u00e9s au jugement de Lydius, Hocquart cherchera la ligne directrice chez\nson sup\u00e9rieur en m\u00e9tropole. Mais sous pression des eccl\u00e9siastiques, l\u2019intendant\nchangera de fusil d\u2019\u00e9paule : <em>\u00ab Il nous\nest revenu par les missionnaires du Sault et du Lac des Deux Montagnes des\nsoup\u00e7ons si violents qu&rsquo;il [Lydius] tenoit avec nos sauvages domiciliez dans\nl&rsquo;esprit desquels il s&rsquo;insinuoit tous les jours, soit en les allant voir ou les\nre\u00e7evans chez lui ou les atachant luy mesme en leur disant que c&rsquo;estoit ainsi\nqu&rsquo;il falloit aller en guerre, qu&rsquo;il y a tout lieu de croire que cet \u00e9tranger\nestoit un homme dangeureux dans la colonie. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les missionnaires ce sont encore plaint sur le raport\nqui leur en a est\u00e9 fait par leurs sauvages les plus affidez que le d. Lidius\nleur faisoit entendre que les mysteres de la Religion que les missionnaires\nleur annoncoient estoient de pures fourberies [\u2026] tous ces soupcons n\u2019ont p\u00fb\nestre verifies plus exactement. il paroit seulement par les certificats des\ncurez de Montr\u00e9al que led. Lidius n\u2019a donn\u00e9 aucune marque de catholicit\u00e9 depuis\nson abjuration dont nous vous adressons l\u2019acte. \u00bb<\/em><a href=\"#_edn36\"><em><sup><strong><sup>[36]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a><em> <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019espace\nd\u2019un cycle de correspondance, \u00ab l\u2019affaire Lydius \u00bb avait acquis une notori\u00e9t\u00e9\nsuffisante pour que Hocquart se r\u00e9solve \u00e0 juger le pr\u00e9venu sans avoir re\u00e7u de\nr\u00e9ponse du ministre. Hocquart fit ainsi arr\u00eater et juger Lydius en 1730 pour\nfaits de contrebande<a href=\"#_edn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>, lui imposa\nune amende, et l\u2019envoya outremer dans un bagne de France (\u00e0 Rochefort)<a href=\"#_edn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>. Il en avisera\npar la suite le ministre, promettant des retomb\u00e9es positives dans la colonie\ngr\u00e2ce \u00e0 ce coup d\u2019\u00e9clat<a href=\"#_edn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. Maurepas le\nf\u00e9licitera pour sa bonne conduite<a href=\"#_edn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hocquart fut\nvite d\u00e9sabus\u00e9 sur le potentiel de r\u00e9formes des m\u0153urs du proc\u00e8s Lydius. En\noctobre 1731, l\u2019intendant rapportait au ministre que les marchands montr\u00e9alais\ncontournaient les risques accrus de saisie en se reportant syst\u00e9matiquement aux\nDomicili\u00e9s pour le transit de marchandises entre Montr\u00e9al et Albany.<a href=\"#_edn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> Ainsi, les\nretomb\u00e9es du proc\u00e8s Lydius pousseront Hocquart &#8211; devenu intendant en 1731 &#8211; \u00e0\nd\u00e9peindre la ville-fronti\u00e8re comme point de convergence du \u00ab pays ouvert \u00bb. Si\nHocquart consid\u00e8re le commerce Montr\u00e9al-Albany in\u00e9radicable, il se gardera bien\nde le formuler tel dans la correspondance. Sans d\u00e9roger sur la part de\nresponsabilit\u00e9 des marchands montr\u00e9alais dans ce commerce, Hocquart pointera\nsouvent du doigt les politiques commerciales de la Compagnie des Indes<a href=\"#_edn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour masquer\nson impuissance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Domicili\u00e9s, Hocquart reprendra le th\u00e8me de la \u00ab\nlibert\u00e9 des sauvages \u00bb et lui donnera des nouveaux atours, gr\u00e2ce \u00e0 une\ninvention lexicale qui assimile les m\u0153urs \u00e0 la topographie du pays.\nL\u2019expression \u00ab voye des sauvages \u00bb, qui avait vu le jour dans la correspondance\nofficielle au si\u00e8cle dernier, deviendra un lieu commun sous la plume de\nHocquart. Et si ces \u00ab voyes des sauvages \u00bb convergeaient sur Montr\u00e9al, ce trope\nfera d\u00e9vier les attentions minist\u00e9rielles au sud de l\u2019\u00eele, au Sault St-Louis (<em>Kahnawake<\/em>)<a href=\"#_edn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>. Car les\nIroquois Domicili\u00e9s qui y vivent et troquent avec qui bon leur semble refusent\nl\u2019assujettissement ; sachant les Fran\u00e7ais vuln\u00e9rables, ils d\u00e9boutent chaque\nremontrance du gouverneur en lui rappelant leur statut d\u2019alli\u00e9 du roi de France<a href=\"#_edn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudra ainsi attendre un autre vingt ans pour que s\u00e9visse la justice du roi contre ces montr\u00e9alais qui auront mieux su tirer l\u2019\u00e9pingle du jeu du commerce Montr\u00e9al-Albany, les s\u0153urs Desauniers. Pour l\u2019instant, les vrais gagnants du proc\u00e8s Lydius, organis\u00e9s autour du r\u00e9seau des Desauniers, peuvent continuer leur doux commerce, bon an mal an, pendant que le Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de la Marine en France examine les m\u0153urs coloniales sous la loupe que lui aura fourni l\u2019intendant du Canada.<br><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"402\" src=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-1024x402.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2251\" srcset=\"https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-1024x402.png 1024w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-300x118.png 300w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-768x302.png 768w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-1536x604.png 1536w, https:\/\/gilleslouisroy.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/INTENDANT_DE_LA_NOUVELLE-FRANCE-2048x805.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref1\">[1]<\/a>. Roy, Gilles, <em>Ce qui \u00e9chappe \u00e0 la Raison d&rsquo;\u00c9tat : strat\u00e9gies discursives des intendants de la Nouvelle France confront\u00e9s \u00e0 la contrebande des fourrures, 1715-1750<\/em>, M\u00e9moire de ma\u00eetrise en histoire, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, Montr\u00e9al, 2018, 176p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref2\">[2]<\/a>. Yves F. Zoltvany, \u00ab B\u00c9GON DE LA\nPICARDI\u00c8RE, MICHEL \u00bb, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3,\nUniversit\u00e9 Laval\/University of Toronto, 2003\u2013 , consult\u00e9 le 2 nov. 2019,\nhttp:\/\/www.biographi.ca\/fr\/bio\/begon_de_la_picardiere_michel_3F.html.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref3\">[3]<\/a>. Jean-Claude Dub\u00e9, \u00ab DUPUY,\nCLAUDE-THOMAS \u00bb, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Universit\u00e9\nLaval\/University of Toronto, 2003\u2013 , consult\u00e9 le 2 nov. 2019,\nhttp:\/\/www.biographi.ca\/fr\/bio\/dupuy_claude_thomas_2F.html.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref4\">[4]<\/a>. Donald J. Horton, \u00ab HOCQUART,\nGILLES \u00bb, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Universit\u00e9\nLaval\/University of Toronto, 2003\u2013 , consult\u00e9 le 2 nov. 2019,\nhttp:\/\/www.biographi.ca\/fr\/bio\/hocquart_gilles_4F.html.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref5\">[5]<\/a>. Banks, Kenneth, <em>Chasing Empire Across the Sea: Communications and the State in the\nFrench Atlantic, 1713-1763<\/em>, Montr\u00e9al\/Kingston, McGill-Queen&rsquo;s University\nPress, 2003, p. 47-52.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref6\">[6]<\/a>. Le rapport entre mercantilisme et\ncontrebande peut prendre l\u2019allure d\u2019une \u00e9vidence ; il demeure toutefois \u00e9pineux\n\u00e0 analyser. Si ce th\u00e8me m\u00e9rite d\u2019\u00eatre explor\u00e9 en profondeur, il nous est hors\nsujet. Quelques r\u00e9f\u00e9rences utiles pour ceux\nqui aimeraient s\u2019initier \u00e0 la question de la contrebande dans le monde\natlantique des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles ;&nbsp;\nBanks, Kenneth J., op cit. ; Cuenca-Esteban, Javier \u00ab&nbsp;British\n\u201cGhost\u201d Exports, American Middlemen, and the Trade to Spanish America,\n1790\u20131819: A Speculative Reconstruction&nbsp;\u00bb, <em>William and Mary Quarterly<\/em> 71, no 1 (janvier 2014): 63-98. ;\nEacott, Jonathan P., \u00ab&nbsp;Making an Imperial Compromise: The Calico Acts, the\nAtlantic Colonies, and the Structure of the British Empire&nbsp;\u00bb, <em>William and Mary Quarterly<\/em> 69, no. 4\n(2012): 731\u201362. ; Geggus, David, \u00ab The French Slave Trade: An Overview \u00bb, <em>William and Mary Quarterly<\/em> 58, 1\n(janvier 2001): 119-138. ; Karras, Alan L., <em>Smuggling:\nContraband and Corruption in World History<\/em>. Lanham, MD, 2010, 224 p. ;\nKlooster, Wim, \u00ab&nbsp;Inter-imperial smuggling in the Americas,\n1600-1800&nbsp;\u00bb, dans Bernard Bailyn and Patricia L. Denault, dir., <em>Soundings in Atlantic History: latent\nstructures and intellectual currents, 1500-1830<\/em>, Cambridge (MA): Harvard\nUniversity Press, 2011, p. 141-180. ; Kwass, Michael, <em>Contraband&nbsp;: Louis Mandrin and the Making of a Global Underground<\/em>,\nCambridge MA, Harvard University Press, 2014. ; McNeill, John R., <em>Atlantic Empires of France and Spain: Louisburg\nand Havana, 1700\u20131763<\/em>. Chapel Hill: University of North Carolina Press,\n1985. ; Oostindie, Gert, et Vance Roitman, Jessica, \u00ab Repositioning the Dutch\nin the Atlantic, 1680\u20131800&nbsp;\u00bb, <em>Itinerario<\/em>\n36,&nbsp; 2 (2012): 129-160. ; Schendel,\nWillem van,&nbsp; et Abraham, Itty,\n\u00ab&nbsp;Introduction: the Making of Illicitness&nbsp;\u00bb, dans Willem van Schendel\net Itty Abraham, dir., <em>Illicit Flows and\nCriminal Things: States, Borders, and the Other Side of Globalization<\/em>.\nBloomington: Indiana University Press, 2005. ; Tyler, John W., <em>Smugglers &amp; Patriots: Boston Merchants\nand the Advent of the American Revolution<\/em>. Boston: Northeastern University Press, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref7\">[7]<\/a>. Havard, Gilles, <em>Histoire des coureurs de bois : Am\u00e9rique du\nNord, 1600-1840<\/em>, \u00c9ditions des Indes Savantes, Paris, 2016, p. 7-16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref8\">[8]<\/a>. Comme le fait remarquer utilement\nLouise Dech\u00eane : \u00ab [l]\u2019\u00eele de Montr\u00e9al est au carrefour de routes d\u2019eau \u00bb.\nOutre le Saint-Laurent et la rivi\u00e8re des Outaouais aux possibilit\u00e9s\ncommerciales \u00e9videntes, l\u2019historienne rappelle que \u00ab&nbsp; Montr\u00e9al dispose d\u2019une ligne d\u2019eau vers les\nsud, soit la rivi\u00e8re Richelieu qui rejoint l\u2019Hudson, les marchands hollandais\nd\u2019Albany et le port de Manhattan \u00e0 550 kilom\u00e8tres \u00bb. Dech\u00eane, Louise, Habitants\net marchands de Montr\u00e9al au XVIIe si\u00e8cle, Paris\/Montr\u00e9al, \u00c9ditions du Plon,\n1974, p. 127.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref9\">[9]<\/a>. Havard, Gilles, <em>Empire et m\u00e9tissages, 2e \u00e9dition. Indiens et\nFran\u00e7ais dans le Pays d&rsquo;en Haut, 1660-1715<\/em>, Qu\u00e9bec\/Paris, \u00c9ditions du\nSeptentrion\/Presses de l&rsquo;universit\u00e9 de Paris-Sorbonne, 2017, 603p. ; Miquelon,\nDale, <em>New France, 1701-1744 : \u201cA\nsupplement to Europe\u201d<\/em>, McClelland and Stewart, Toronto, 1987, 345p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref10\">[10]<\/a>. Dech\u00eane, <em>Habitants et marchands<\/em>, p. 171-183.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref11\">[11]<\/a>. Voir chapitre 3 \u00ab La construction\nd\u2019un vagabond \u00bb dans Havard, Gilles, <em>Histoire\ndes coureurs de bois : Am\u00e9rique du Nord, 1600-1840<\/em>, \u00c9ditions des Indes\nSavantes, Paris, 2016, 885p. ; aussi, p. 183-191, 231-233 ; Dub\u00e9, Alexandre. \u00ab\nLes Am\u00e9rindiens sous le regard des bureaux de la Marine (1660-1760). Quelques\npistes de r\u00e9flexion sur un objet administratif \u00bb, dans Gilles Havard et Micka\u00ebl\nAugeron, dir. <em>Un Continent en partage.\nCinq si\u00e8cles de rencontres entre Am\u00e9rindiens et Fran\u00e7ais<\/em> (Paris, Les Indes\nsavantes), 2013, p.153-176. ; voir aussi : Christophe Horguelin, \u00ab Le XVIIIe\nsi\u00e8cle des Canadiens : discours public et identit\u00e9 \u00bb, in Philippe Joutard et\nThomas Wien (dir.), <em>M\u00e9moires de\nNouvelle-France. De France en Nouvelle-France<\/em>, Rennes, Presses\nuniversitaires de Rennes, 2005, pp. 209-219; T. Wien, \u00ab Quelle est la largeur\nde l\u2019Atlantique ? Le \u2018Fran\u00e7ois Canadien\u2019 entre proximit\u00e9 et distance, 1660-1760\n\u00bb, dans C\u00e9cile Vidal, dir., <em>Fran\u00e7ais ? La\nnation en d\u00e9bat entre colonies et m\u00e9tropole (XVIe-XIXe si\u00e8cle), <\/em>Paris,\n\u00c9ditions de l&rsquo;Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, coll. \u00ab En temps et\nlieux \u00bb, 2014, p. 55-75.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref12\">[12]<\/a>. Pour une discussion plus pouss\u00e9e \u00e0\nce sujet, et les sources cit\u00e9es en d\u00e9tail, voir le chapitre deux de mon m\u00e9moire\nde ma\u00eetrise \u00ab La sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation du discours de l\u2019intendant \u00bb, Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants,<\/em>\n176p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref13\">[13]<\/a>. Miquelon, <em>New France<\/em>, p. 77-82.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref14\">[14]<\/a>. Un arr\u00eat du conseil d&rsquo;Etat de\n1718[1] concernant le commerce du castor datant fournira, par la suite,\ndavantage de pr\u00e9cisions sur la cadre l\u00e9gal du commerce des pelleteries au\nCanada. L\u2019arr\u00eat \u00e9noncera les formes de commerce interdit, et habilitera le\npersonnel responsable de la surveillance et la r\u00e9pression du commerce des\npelleteries, et pour les proc\u00e8s de contrebande. On y pr\u00e9cise d\u2019embl\u00e9e les\nqualit\u00e9s de castor qui seront accept\u00e9es et rejet\u00e9es des bureaux de la\nCompagnie, ainsi que les prix du castor gras et sec. Les modalit\u00e9s de paiement\nen lettres de change sont aussi \u00e9nonc\u00e9es, ainsi que les pes\u00e9es de ballots de\ncastor, selon le grade. Dans l\u2019article 8 de l\u2019arr\u00eat, le roi remet \u00e0 la\nCompagnie son droit du quart, et exempte la Compagnie des autres droits\nd\u2019entr\u00e9e et de sortie des pelleteries au Canada et dans le royaume ; le \u00ab\npassage des castors \u00bb du les vaisseaux du roi lui sont accord\u00e9s gratuitement : <em>\u00ab pour mettre en estat ladite Compagnie\nd&rsquo;Occident de payer lesdits Castors aux prix cy-devant reglez, Sa Majest\u00e9 fait\nremise &amp; don [sic] \u00e0 ladite Compagnie pendant les vingt-cinq ann\u00e9es de son\nPrivilege du droit du quart desdits Castors \u00e0 Elle appartenant \u00e0 cause de son\nDomaine en Canada ; Et Exempte ladite Compagnie de tous autres droits sur\nlesdits Castors, tant a Elle appartenant qu&rsquo;\u00e0 ses Fermiers &amp; \u00e0 ses Villes,\nmis &amp; \u00e0 mettre tant dans ledit Pays de Canada que dans son Royaume ; Deffendant\nSa Majest\u00e9 \u00e0 tous ses Fermiers &amp; autres d&rsquo;exiger aucuns Droits pour les\nCastors appartenans \u00e0 ladite Compagnie, Sa Majest\u00e9 a accord\u00e9 aussi le passage\nde tous les Castors gratis sur les Vaisseaux qu&rsquo;Elle envoyera ann\u00e9e par ann\u00e9e,\nEt pendant le temps du Privilege de ladite Compagnie en Canada, apr\u00e9s cependant\nle chargement des Effets de Sa Majest\u00e9 dans lesdits Vaisseaux, pour lesquels\nCastors ladite Compagnie ne payera aucun fert \u00e0 Sa Majest\u00e9 qui luy en fait don\n&amp; remise. \u00bb<\/em> ; BNF, d\u00e9partement Droit, \u00e9conomie, politique, F-21236 (3).\n<\/p>\n\n\n<p>[cette reproduction de l\u2019\u00e9dit publi\u00e9 ne contient aucune marque ou indice de<br \/>\npagination.]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref15\">[15]<\/a>. Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants<\/em>, p. 53-63.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref16\">[16]<\/a>. 1720, novembre, 06 : Lettre de\nVaudreuil et B\u00e9gon au Conseil de Marine ; mesures prises pour emp\u00eacher la\nfraude et le commerce \u00e9tranger, C11A Vol. 42, f. 107v-109r<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref17\">[17]<\/a>. C11A Vol. 46, f. 36v-37r.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref18\">[18]<\/a>. 1725, octobre, 31 : Lettre de\nLongueuil et B\u00e9gon au ministre, C11A Vol. 47, f. 129r-133r<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref19\">[19]<\/a>. Dub\u00e9, Jean-Claude, <em>Claude-Thomas Dupuy, intendant de la\nNouvelle-France<\/em>, 1678-1738, \u00c9ditions Fides, Ottawa, 1969, p. 226-229,\n239-245, 287-302. ; voir aussi, Coates, Colin, <em>Authority and Illegitimacy in New France: The Burial of Bishop\nSaint-Vallier and Madeleine de Vercheres vs.the Priest of Batiscan<\/em>, <em>Histoire sociale-Social History<\/em>, Vol.\nXXII, n\u00b0 43 (mai-May 1989): 65-90.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref20\">[20]<\/a>. Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants<\/em>, p. 122-139.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref21\">[21]<\/a>. Jean-Claude Dub\u00e9 : \u00ab L\u2019intendant\nn\u2019a pass\u00e9 que quelques jours en juillet 1727, pendant les deux ans qu\u2019il a \u00e9t\u00e9\nau Canada. \u00bb, Dub\u00e9, <em>Dupuy intendant<\/em>,\np 164. n. 36.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref22\">[22]<\/a>. Robert, Dhyana, <em>La contrebande \u00e0 Montr\u00e9al, 1729-1752 : passages, pratiques et protagonistes<\/em>, M\u00e9moire de ma\u00eetrise en histoire, Universit\u00e9 de Sherbrooke, Sherbrooke, 2016, p. 38-44.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref23\">[23]<\/a>. Exceptant le r\u00e9seau\nTrottier-Desauniers, dont elle faisait partie. Dhyana Robert note que \u00ab la\ncr\u00e9ation [du journal de Catherine Dagneau, veuve La Chauvignerie] semble\nd\u00e9couler du conflit entre le gouverneur Beauharnois et l&rsquo;intendant Dupuy, ce\ndernier cherchant notamment \u00e0 d\u00e9montrer que le premier agit peu pour limiter la\ncontrebande. \u00bb Robert, <em>La contrebande \u00e0\nMontr\u00e9al<\/em>, p. 42-43<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref24\">[24]<\/a>. C11A 49, f. 308-310, 1727,\noctobre, 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref25\">[25]<\/a>. \u00ab i<em>ls ne doivent donc pas reculer a la depense des fortiffications, si\nleur apprehension est sincere et si leurs interest mal entendus ne s&rsquo;y trouvent\npas contraires<\/em> \u00bb, C11A, Vol. 49, f. 31-32v, 1727, octobre, 20<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref26\">[26]<\/a>. C11A, Vol. 49, f. 315rv, 1727,\noctobre, 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref27\">[27]<\/a>. C11A, Vol. 49, f. 441r, 1727,\nnovembre, 01.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref28\">[28]<\/a>. C11A, Vol. 49, f. 315v-316r, 1727,\noctobre, 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref29\">[29]<\/a>. C11A, Vol. 49, f. 441rv, 1727,\nnovembre, 01.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref30\">[30]<\/a>. \u00ab <em>Il est plus a souhaitter que jamais que les chefs des Lacs des Deux\nMontagnes contiennent leur jeunesse et les emp\u00eache d&rsquo;aller \u00e0 Orange. La\npromesse qu&rsquo;ils en ont faite d\u00e9pendra peut \u00eatre d&rsquo;eux, mais nous mettront tout\nen o\u00ebuvre de n\u00f4tre part pour rompre les liaisons de l&rsquo;anglois avec les sauvages\net pour attirer ces derniers tout a fait dans n\u00f4tre party<\/em>. \u00bb ; C11A, Vol\n49, f. 9, 1727, octobre, 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref31\">[31]<\/a>. Donald J. Horton, \u00ab HOCQUART,\nGILLES \u00bb, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Universit\u00e9\nLaval\/University of Toronto, 2003\u2013 , consult\u00e9 le 2 nov. 2019,\nhttp:\/\/www.biographi.ca\/fr\/bio\/hocquart_gilles_4F.html.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref32\">[32]<\/a>. C11A 51, fol.293-294v, 1729,\noctobre, 25. ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref33\">[33]<\/a>. Gu\u00e9vin, Marc, <em>Le commerce Montr\u00e9al-Albany sous le R\u00e9gime fran\u00e7ais : histoire d&rsquo;un\nph\u00e9nom\u00e8ne commercial<\/em>, M\u00e9moire de ma\u00eetrise en histoire, Universit\u00e9 de\nMontr\u00e9al, 1995, p. 91-104. Robert,\n<em>La contrebande \u00e0 Montr\u00e9al<\/em>, p. 38-53.\n; Tesdahl, Eugene, <em>The Price of Empire:\nSmuggling between New York and New France, 1700-1754<\/em>, PhD Thesis for the\nDepartment of History, University of Colorado, 2012p., p. 82-94.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref34\">[34]<\/a>. Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants,<\/em> p. 32-39.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref35\">[35]<\/a>. 1729, octobre, 25 : Lettre de\nBeauharnois et Hocquart au ministre, C11A Vol. 51, fol.6-8v<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref36\">[36]<\/a>. 1730, octobre, 15 : Lettre de\nBeauharnois et Hocquart au ministre concernant l&rsquo;affaire de John Hendricks\nLydius, originaire d&rsquo;Orange, \u00e9tabli \u00e0 Montr\u00e9al, C11A Vol. 5, f. 22v-23v<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref37\">[37]<\/a>. <em>\u00ab Sur les avis que nous eumes a Montr\u00e9al que cet \u00e9tranger entretenoit\nun commerce illicite dans la Nouvelle Angleterre par la voye des sauvages qu&rsquo;il\na tach\u00e9 de se concilier par des presents et des festins, nous primes de concert\nle party de la faire arrester, et M. Hocquart commen\u00e7a sur le champ la\nprod\u00e9cure qui depuis a est\u00e9 achev\u00e9e au Conseil Sup\u00e9rieur. \u00bb C11A Vol. 5, f.\n21-22<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref38\">[38]<\/a>. <em>\u00ab Cet \u00e9tranger ayant des liaisons dans la Nouvelle Angleterre et avec\nles sauvages, il pourroit estre dangereux de l&rsquo;inquietter sur son commerce. Il\nseroit encore plus dangereux aujourd&rsquo;huy de le renvoyer en son pays. \u00bb <\/em>C11A\nVol. 5, f. 23r<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref39\">[39]<\/a>. \u00ab Vous ne devez pas, Monseigneur,\ndouter que l&rsquo;exemple qui a est\u00e9 fait en la personne dud. Lidius ne fasse une\nforte impression au moins pendant quelque temps sur ceux qui sont dans\nl&rsquo;habitude de faire le commerce \u00e9tranger ou le favoriser. \u00bb C11A Vol. 5, f.\n24-25<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref40\">[40]<\/a>. 1731, avril, 10 : Lettre du\nministre Maurepas \u00e0 Beauharnois et Hocquart, C11A, Vol. 56 f. 11-15<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref41\">[41]<\/a>. 1731, octobre, 18 : Lettre de\nHocquart au ministre, C11A Vol. 55, f. 249-252v<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref42\">[42]<\/a>. Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants,<\/em> p. 140-151.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref43\">[43]<\/a>. Roy, <em>Strat\u00e9gies discursives des intendants,<\/em> p. 93-96.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref44\">[44]<\/a>. Pour une analyse en profondeur de\nces topo\u00ef, tels qu\u2019ils sont port\u00e9s dans les discours, politiques et mentalit\u00e9s\ndes \u00e9lites coloniales au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cle, voir : Havard, Gilles. \u00ab \u00ab Les\nforcer \u00e0 devenir Cytoyens \u00bb. \u00c9tat, Sauvages et citoyennet\u00e9 en Nouvelle-France\n(XVIIe-XVIIIe si\u00e8cle) \u00bb, <em>Annales. <\/em><em>Histoire,\nSciences Sociales<\/em>,\nvol. 64e ann\u00e9e, no. 5, 2009, pp. 985-1018.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 18 octobre, 2019, j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 un aper\u00e7u de mes recherches sur le commerce des fourrures en Nouvelle-France \u00e0 l\u2019occasion de la 72e \u00e9dition du congr\u00e8s de l\u2019IHAF, portant sur le th\u00e8me des fronti\u00e8res. Je reproduis, ici-bas, le texte de cette allocution dans son int\u00e9gralit\u00e9, avec un appareil critique en ajout. 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