Conférence Cavelier de La Salle : début d’une aventure

Le 10 octobre, 2017, à l’invitation de la Société historique Cavelier de La Salle, j’ai donné ma première conférence d’historien sur le célèbre explorateur français René-Robert Cavelier de La Salle, « découvreur » du delta du Mississippi.

Cette conférence s’est déroulée au Théâtre du Grand Sault du Centre culturel et communautaire Henri-Lemieux, dans l’arrondissement de ville Lasalle, à Montréal.

Un abrégé du texte promotionnel qui annonçait ma conférence a paru aussi sur la page Facebook du le Société historique Cavelier de La Salle, où l’on pouvait lire :

La conférence propose un retour sur les controverses historiennes entourant Cavelier de La Salle, avec attentions particulières sur les plus récentes recherches portant sur ses explorations. L’objectif : cerner le changement de regard porté sur ce personnage, selon les historiens et les époques, afin de démontrer la pertinence du « cas La Salle » pour l’étude de l’Amérique française – autant pour les historiens de métier que pour le public passionné d’histoire. Gilles Roy est chercheur en histoire à l’Université de Montréal, spécialiste en histoire économique de la période coloniale.

Avant de décrire le déroulement de la conférence, quelques mots sur l’événement qui lui a fourni un cadre.

L’année 2017 marqua non seulement l’occasion du 150e anniversaire de la confédération Canadienne, mais aussi le 375e anniversaire de la ville de Montréal. Sur la grande île de Montréal, ce fut aussi l’occasion du 350e anniversaire de ville Lachine et ville Lasalle.

S’ajoutèrent donc au concert de célébrations officielles à l’échelle nationale, des événements commémoratifs à l’échelle munucipale et locale. Dans notre cas, il a été question d’apporter ma modeste contribution à une série de conférences pour souligner le 350e anniversaire de ville Lasalle, et de son fondateur honorifique et titulaire, René-Robert Cavelier de La Salle.

La conférence

La Salle et son sosie

La conférence fut précédée par quelques préliminaires, où le comédien Miguel Doucet, en costume de Cavelier de La Salle, fournit quelques renseignements à l’auditoire sur la série d’événements dans laquelle ma conférence s’est inscrite. Dans son animation enjouée, Miguel me présenta au public, avec le texte suivant, que je lui avait remis :

Détenteur d’un baccalauréat en philologie classique de l’Université de Concordia, Gilles Roy est chercheur en histoire à l’Université de Montréal, spécialiste de l’histoire économique de la période coloniale et de l’expansion territoriale de la Nouvelle France sur le continent nord-américain aux XVIIe et XVIIIe siècles. En 2017, il écrit une thèse, sous la direction de Thomas Wien, portant sur l’attitude des autorités coloniales à l’égard des colons français et des amérindiens impliqués le commerce de contrebande entre Montréal et Albany au XVIIIe siècle.

J’ai débuté ma conférence en annonçant mon plan en quatre parties. Dans les premières minutes, j’ai fourni un cadre historique afin de « mettre la table », pour ainsi dire, pour la présentation biographique du personnage. La deuxième partie – qui allait prendre la part du lion de ma conférence – fut consacrée pour le récit de la vie et des (més)aventures de Cavelier de La Salle.

Dans la troisième partie, j’ai fourni un résumé des controverses historiennes entourant Cavelier de La Salle, afin d’exposer la manière dont sa légende a été montée. Enfin, j’ai rapidement conclu ma présentation avec un sommaire des enjeux historiques entourant Cavelier de La Salle, notamment les conséquences de ses explorations sur l’histoire du continent nord-américain.

Déroulement et critique

Dans l’ensemble, on peut dire que ma conférence s’est bien déroulée, et qu’elle fut bien reçue par le public qui s’est déplacé pour y assister. J’aimerais souligner toutefois le mauvais pli que j’ai dû prendre, suite aux difficultés propres à la biographie de Cavelier de La Salle et à la préparation de mon exposé.

En effet, ma conférence qui devait durer au plus 60 minutes, s’étira sur une durée de deux heures – soit, la durée d’un cours universitaire ! Suite à un malentendu sur le temps déjà écoulé, j’ai à mi-chemin décidé de continuer dans le même mode par lequel je m’étais engagé, avec la lecture d’un texte biographique avec diapositives d’appoint. Complètement absorbé par le sujet, et avec un public intéressé, j’ai tout simplement fait fi du chronomètre.

Résultat : il ne restait aucun de temps pour les questions à la fin de mon exposé, puisque nous avions atteint la limite du temps alloué pour la conférence. Ma première réaction fut bien sûr de m’excuser d’avoir doublé le temps de ma conférence, et heureusement, mes hôtes et mon public furent indulgents. La soirée se termina donc avec des échanges amicaux, ainsi que quelques brèves discussions autour des cartes plastifiées des réseaux fluviaux nord-américains que j’avais apportées avec moi pour l’occasion.

Après coup, j’ai pu réfléchir sur les éléments qui ont fait en sorte que je perde toute notion de temps lors de ma conférence. Pour faire court, cela se résume aux difficultés inhérentes au sujet, et au choix de ma méthode d’exposé.

En effet, analyser en 60 minutes une vie aussi riche en rebondissements et imbroglios que fut celle de La Salle relève d’une véritable gageure. La biographie de La Salle a longtemps été obscurcie par un brouillage de pistes historiques, avec certaines traditions historiographiques cherchant, de surcroît, à faire de lui un grand découvreur. Loin de vouloir me positionner en « casseur de mythes », mon intention était plutôt de mettre en relief les récit contradictoires au sujet de l’explorateur et de préserver sa part d’ambiguïté, pour en finale me garder, dans la mesure du possible, de porter des jugements sur son tempérament, ses motivations, ou encore les écueils et ratages qui jalonnèrent sa biographie de long en large.

Tout au long de mon exposé, j’ai tenté de démontrer que Cavelier de La Salle était une personnalité hors du commun tout autant qu’un homme marqué par son époque. Toujours est-il que l’étude de sa biographie et de son legs ouvre une boîte de pandore qu’il est difficile à refermer par la suite. En effet, l’appropriation du personnage par le mémorialistes français et américains et la fabrication de sa légende à partir de falsifications à même les sources historiques, furent suivies d’un long effort de critique des sources mené par plusieurs générations d’historiens, afin de tenter de démêler le vrai du faux dans cette affaire. Si on y ajoute les difficultés d’écrire l’histoire à partir de traces fugaces que laissèrent les explorateurs au parcours réellement confondant de La Salle, un flou historique persiste à chaque tentative de raconter sa vie de manière définitive, et ce malgré le travail acharné des historiens d’hier et d’aujourd’hui.

En ce qui concerne ma présentation, j’ai tenté de remédier à ce flou en écrivant un texte biographique qui serait ma propre synthèse des moments et faits marquants de la vie de La Salle, dans le contexte de leur déroulement : la France et la Nouvelle France, les Pays d’en Haut et le Pays des Illinois, les régions du Mississippi et du Texas, entre les années 1667-1687 – les vingt années de « carrière » de Cavelier de La Salle en Amérique du Nord (avec quelques retours en France pour chercher des appuis). Par manque de temps, je n’ai pu « réduire la sauce » de mon texte, en l’allégeant davantage. L’usage d’un texte m’avait semblé nécessaire pour donner un minimum de cohérence au récit de sa vie, et pour éviter dans la mesure du possible la tendance à l’anecdotique et à la tangente qui est le lot des historiens. Et c’est ainsi que j’ai lu la quasi-intégralité de mon texte de conférence au public, et sautant plusieurs passages raturés et en faisait avancer et reculer ma présentation PowerPoint au gré du récit.

J’en tire ici la leçon qu’un texte sommaire aurait suffi aux fins de mon exposé, et que j’aurais plutôt eu mieux à reporter à la période des questions les besoins de clarification entourant la biographie de La Salle. Ce n’est pas en soit une tare de préserver le flou qui entoure ce personnage, et j’aurais pu porter davantage l’attention du public sur le dossier du « cas La Salle » chez les historiens – comme l’indiquait d’ailleurs le titre de ma conférence – ce qui aurait permis de mieux comprendre pourquoi La Salle est encore si difficile aujourd’hui à cerner.

Conclusion

Enfin, si je me suis attardé ici aux causes de ce débordement, toujours est-il que cette expérience fut somme toute une belle occasion de partage. À cet effet, je dois remercier le public qui s’est présenté pour écouter mon allocution avec intérêt. Autres remerciements plus particulièrement à Serge Cuerrier du Centre Henri-Lemieux pour son soutien technique, à Miguel Doucet pour son excellente et énergique introduction, et Thomas Wien de l’Université de Montréal et Denis Gravel de la Société historique Cavelier de La Salle, sans qui je n’aurais pas eu cette opportunité de présenter à un public passionné d’histoire les contours de cette saga fascinante que fut celle de René-Robert Cavelier de La Salle.

Crédit photo : Yves Daoust.

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